Le Jardin des Délices (Copie de Jérôme Bosch par Michel Mancini) Panneau central

Jardin des Délices Panneau central

Le panneau central représente le Jardin des Délices terrestres, proprement dit. Il est aussi appelé panneau des fraises. L’original mesure 220 cm de haut et 195 cm de large et la copie ci-dessus la moitié de ces mesures.

C’est un faux paradis dans lequel l’humanité a déjà succombé complètement au péché, spécialement à la luxure, et se dirige vers sa perdition. Des dizaines de symboles différents, dont les clefs de déchiffrage peuvent seulement se deviner, peuplent cet espace oppressif et angoissant où la folie s’est emparée du monde.

On y voit tant des hommes que des femmes, blancs et noirs, nus. On y montre tout type de relations sexuelles et des scènes érotiques, principalement hétérosexuelles, mais aussi homosexuelles ou onanistes. De plus, il y a aussi des relations érotiques ou sexuelles entre animaux et même entre plantes.

Un élément clef du panneau central est l’indifférenciation sexuelle. On distingue à peine les hommes des femmes. Les seuls signes de différenciation entre les sexes sont les poitrines féminines et les organes génitaux masculins. Il est possible que par là, Jérôme Bosch ait voulu montrer que toute l’humanité était impliquée dans le péché.

On peut diviser ce panneau en trois parties :

la partie supérieure, où l’on trouve cinq structures de couleur bleu sombre et/ou de couleur rose, dont le pied baigne dans un grand étang de forme irrégulière, bien que symétrique, avec une rivière divisée en quatre ramifications.

la partie centrale, on peut voir un autre étang de forme ellipsoïdale où des femmes nues se baignent et autour duquel galope une ronde d’animaux de tous types, avec leur cavaliers.

la partie basse, qui est caractérisée par de nombreux personnages nus, en groupes ou couples, à côté de bizarres plantes, minéraux y coquillages ou en train de manger des fruits énormes.
Tous ces fruits (cerises, framboises, fraises, raisins, arbouses, etc…) sont une allusion claire aux plaisirs sexuels.
Au Moyen Age, l’expression “cueillir des fruits” voulait dire avoir un commerce charnel.
Mais en même temps, les fruits symbolisent la fugacité de ce plaisir, car ils passent en quelques jour de la fraîcheur à la pourriture.
Michel Mancini a pris la liberté de peindre les seins des femmes de façon plus naturelle que sur l’original, où leur forme conique manquait de volupté.

L’interprétation traditionnelle de ce panneau est que Jérôme Bosch condamne le monde de luxure qui y est peint et dont la responsabilité incombe à Eve, désignée comme coupable par Saint Jean Baptiste.

Cependant, il y en a d’autres qui s’en écartent, considérant que Bosch ne condamne pas réellement ce que l’on voit sur ce panneau, mais qu’au contraire, ce serait pour lui un monde positif et hautement désirable : Il y présente un monde de bonheur, sans douleur, maladie ou mort.
Le temps qui passe n’y est pas représenté (il n’y a ni enfants ni vieillards) et on n’y voit personne travailler pour subvenir à ses besoins à la sueur de son front. On y voit une humanité qui s’alimente des fruits de la terre et s’organise en structures naturelles.

C’est pourquoi, W. Fraenger a cru voir dans cette oeuvre de Bosch une illustration des conceptions religieuses de la secte hérétique des adamites, thèse qui aujourd’hui est contre versée.

Paul Vandenbroeck (2001) a prétendu qu’était ici représenté la Montagne de Vénus (31 Grial), connue à la fin du Moyen Age comme le “faux paradis”, ce qui, comme les thèses traditionnelles, signifie qu’il serait “pécheur et démoniaque”.

Juan Antonio Ramirez, en revanche, défend qu’en réalité ce serait une représentation de la Genèse, étant donné qu’il y a une continuité du paysage par rapport au panneau de gauche.

Il décrirait le Paradis Terrestre selon la Genèse, tel qu’il était avant le péché originel :

Et Jehova (Dieu) a fait naître de la terre tout arbre délicieux à la vue et bon à manger, aussi l’arbre de la vie au milieu du verger et l’arbre de la science du bien et du mal,
Et sortait de l’Eden une rivière pour irriguer le verger, qui se divisait en quatre embranchements :
Le nom du premier était Pishon : celui-ci est celui que borde toute la terre de Havilah, où il y a de l’or et l’or de cette terre est bon ; il y a là aussi du bdelium et de la pierre d’Onyx.
Le nom du deuxième est Guihôn : celui-ci est celui qui entoure tout le pays de Coush.
Et le nom du troisième est Hiddekel : celui-ci est celui qui longe l’Assyrie (le Tigre).
Chapitre II de la Genèse.
Dans ce panneau de Jérôme Bosch on peut voir en effet tout type de fruits et d’arbres, aussi que, dans la partie supérieure les quatre rivières du jardin d’Eden, y compris Pison, avec une construction avec d’étranges fleurs dorées et Guihôn avec une colonie de singes, ainsi que les deux autres fleuves que l’on a réussi à situer en Mésopotamie.

Serait donc représenté le paradis terrestre tel que, selon le christianisme, il fut créé par Dieu, et tel qu’il aurait dû être si Eve au lieu de pécher avait suivi les ordres de Dieu :

” Fructifiez et multipliez vous, et remplissez la terre et soumettez la ; vous mangerez toute herbe qui donne semence et tout fruit d’arbre qui donne semence “. (Genèse, 1 : 28-29)

C’est pourquoi, les personnes qui apparaissent sont nues et n’en éprouvent aucune honte. ( cf Genèse, 2 : 25)

Ci-dessus, autour de l’image, se trouvent des loupes. Si vous cliquez sur une quelconque de ces loupes vous accéderez au détail correspondant du panneau.